PRINCIPAUX PAYSAGES D'ENSEMBLE DE L'ESTRIE

Sommaire

Cette section décrit les principaux paysages d'ensemble de la région estrienne ainsi que quelques enjeux reconnus par le ministère des Transports (MTQ). En marge de la préparation du Plan de transport de l'Estrie 2002-2005, le présent texte provient d'une étude technique réalisée par le MTQ en mai 1999. Soucieux d'assurer la pérennité de cette ressource importante qu'est le paysage, l'un des objectifs du Plan de transport de l'Estrie 2002-2005 est de préserver et mettre en valeur les paysages de la région estrienne. Ce plan est disponible sur le site du MTQ à l'adresse suivante : www.mtq.gouv.qc.ca/fr/regions/estrie/plan.asp. Afin d'aider à la compréhension de certains termes, un lexique a été ajouté à la fin de ce texte. 

Nous tenons à remercier Richard Gaudreau du MTQ pour la recherche et la rédaction de l'étude technique ainsi que Diane Viens et Jean Gagné qui ont contribué à l'édition. Nos remerciement vont aussi aux représentants du MTQ-Estrie qui ont aimablement accepté que l'on intègre les données de l'analyse technique à notre site. Mentionnons que certains éléments du contenu de l'étude technique ont été mis à jour et édités afin d'assurer une meilleure intégration à notre site Internet. 

L'étude du paysage de la région de l'Estrie vise à caractériser et identifier les principaux enjeux régionaux liés au paysage. L'approche repose sur l'analyse des composantes du milieu bio physique et humain comprenant ainsi le cadre naturel et bâti. L'utilisation courante de ces espaces ainsi qu'une évaluation des attentes et de la valeur attribuée aux paysages par les principaux observateurs complètent cette section.

Il importe de souligner que l'objet de cette étude n'est pas de réaliser un inventaire détaillé des éléments visuels intéressants perceptibles du réseau, ce genre d'étude s'effectue dans le cadre d'étude d'opportunité et d'étude d'impact. Il s'agit plutôt d'une caractérisation, à l'échelle régionale, des grands ensembles de paysages présents en Estrie et d'en illustrer le propos par des exemples concrets. 

Ainsi en Estrie, on observe trois grands paysages d'ensemble. 

Le premier, le paysage d'ensemble de la zone frontalière ­ le rempart de l'Estrie, coïncide avec la zone frontalière. Composé de montagnes et de forêts il se dresse au sud de la région comme une véritable barrière visuelle. Paysage de l'arrière pays, il représente la nature rustique, presque sauvage. Pour le visiteur du sud, c'est aussi l'une des portes d'entrée au pays; un seuil visuel par lequel il découvre le Québec. 

Le second paysage, le paysage d'ensemble du plateau central ­ la nature apprivoisée, est le plus étendue des trois. Il est composé de grands lacs et de collines, occasionnellement bordées de larges escarpements rocheux. Il s'agit d'un paysage adouci par la présence chaleureuse d'une agriculture extensive. Lieu de promenade et de villégiature par excellence, le parcours du visiteur est ici parsemé de hameaux et de villages chargés d'un riche bagage patrimonial. 

Le troisième, le paysage d'ensemble de la plaine alluviale ­ le coeur de la région, est plus discret car il épouse les vallées de la plaine alluviale. Il coule harmonieusement au rythme de ses nombreux affluents, témoin privilégié de l'époque coloniale où cohabitent deux cultures, anglophone et francophone. C'est là que l'urbanité prend pied, au coeur même de l'Estrie sur les rives de la rivière Saint-François où s'étend Sherbrooke, capitale administrative et culturelle régionale. L'analyse de ces paysages d'ensemble permet d'identifier deux enjeux dominants liés aux paysages de l'Estrie. Le premier consiste à soutenir la volonté de développement du milieu, sans pour autant compromettre la qualité intrinsèque des paysages. Cela implique un souci particulier d'intégration au milieu qui, à titre d'exemple, peut être atteint par des aménagements distinctifs, un entretien des abords routiers souple et une cohabitation harmonieuse avec le réseau des circulations douces propres aux activités récréotouristiques.

Le second est de développer la lisibilité des lieux et des éléments d'orientation en Estrie, sans nuire à la qualité visuelle du milieu par une prolifération abusive d'éléments de signalisation et d'affichage. Cela implique une signalisation et un affichage permettant de bien identifier, non seulement les routes, mais aussi les lieux et les événements d'intérêts visuels. À titre d'exemple, l'identification des grands axes panoramiques et des points d'intérêts visuels est à considérer. Par ailleurs des aménagements distinctifs aux lieux d'entrés à la région tel que les postes frontaliers ainsi que le traitement de l'infrastructure routière rappelant le milieu traversé afin de permettre à l'usager de prendre conscience du patrimoine historique qu'il traverse constituent d'autres orientations d'interventions paysagères à explorer. 


Le paysage et les facteurs qui l'ont façonné

Le paysage est l'étendue de pays qui s'offre à la vue d'un observateur. Une telle étendue est caractérisée par son aspect. On trouve, par exemple, des paysages aux aspects agricoles et forestiers ou encore des paysages de type urbains et industriels. Cette définition nous rappelle les deux volets essentiels de la caractérisation du paysage. Le premier est l'étendue, c'est-à-dire l'espace visible à partir d'un point donné. Le deuxième est l'observateur puisque le paysage est indissociable de la personne qui le regarde. Il y a deux types observateurs : le premier est l'observateur mobile. Il est soit usager du réseau de transport, soit en déplacement sur le territoire par le biais d'un réseau parallèle. Le second est fixe. Il observe généralement le paysage d'un point fixe. 

La structure des paysages exceptionnels rencontrés en Estrie a été fortement influencée par trois événements. Ces interventions humaines ont contribué, au fil du temps, à marquer d'une façon significative la perception des observateurs. 

Premièrement, l'implantation du système cadastral des cantons légèrement modifié par la suite pour lui donner une touche seigneuriale française. Les différences dans la localisation, l'architecture des bâtiments de ferme et l'agencement des limites des propriétés agricoles qui en découlent, contribuent à varier la largeur et la qualité des champs visuels. La ferme cantonale, localisée au centre de ses terres, est plus éloignée de la route, alors que les terres subdivisées selon le mode seigneurial sont rectangulaires, plus étroite et construite plus près de la route. Le caractère distinctif que confère cette dualité dans l'organisation de l'espace est propre à la région augmentant ainsi l'intérêt du paysage tout en témoignant de la présence des deux cultures en Estrie. 

Deuxièmement, l'autoroute consacre le potentiel paysager de l'Estrie en dotant la région, non seulement d'un accès majestueux et rapide, mais aussi d'un seuil visuel exceptionnel, celui du mont Orford sur les hauteurs de Stukely-Sud, véritable porte d'entrée au paysage régional. Mais, si l'Estrie a d'abord été colonisée à des fins industrielles et agricoles, elle est aujourd'hui visitée pour la qualité des ambiances et des atmosphères qui se dégagent des compositions paysagères. Les nombreuses vues encadrées sur des paysages luxuriants et vallonnés inspirent, par exemple, la douceur et le calme ainsi qu'un certain bien être. C'est maintenant grâce à l'existence du réseau de transport que peut se développer l'économie récréotouristique régionale dont la valeur repose en grande partie sur l'accessibilité visuelle à ces paysages exceptionnels. 

Enfin la libération progressive d'emprises industrielles désaffectées telles que certaines voies ferrées, routes forestières et rangs agricoles viennent donner accès à de nouveaux paysages jusque-là inaccessibles. L'existence d'un second réseau de transport, en quelque sorte interne au paysage, permet aujourd'hui d'accéder à l'arrière paysage, celui non visible de la route. Ces circuits de pistes piétonnes, cyclables, de ski de randonnées, de motoneiges et de véhicules tout terrain, prennent une dimension régionale lorsqu'on envisage la création d'un véritable réseau récréotouristique. C'est la troisième vague de pénétration des paysages estriens. La première empruntait les cours d'eau, la deuxième les routes et la troisième négocie des droits de passage au coeur même du paysage non construit. C'est l'envers du paysage traditionnel, un entrecroisement de circulations douces, à vitesse réduite, où l'usager prend le temps de regarder et d'apprécier ce qu'il voit. En fait, le paysage de l'Estrie devient, en soi, le motif du déplacement pour une nouvelle génération d'usagers aux exigences visuelles et esthétiques plus élevées. 


Les paysages d'ensemble de l'Estrie

La zone frontalière ­ le rempart de l'Estrie


Le paysage zone frontalière ­ le rempart de l'Estrie couvre, à partir du Maine, du New Hampshire et du Vermont, pratiquement tout le territoire limitrophe à la frontière entre le Québec et les États-Unis. Il longe ainsi la limite sud de l'Estrie entre Stanhope à l'ouest et St-Robert de Bellarmin à l'extrémité sud-est de la région, englobant au passage le secteur de Lac Mégantic. Il est traversé du sud au nord par trois principaux axes routiers, ceux des routes 212 et 253 vers East Angus et celui de la route 161 vers Stratford. 

 

Illustration du paysage d'ensemble de la zone frontalière ­ le rempart de l'Estrie. Vue sur les Montagnes frontalières de la route 161. 

Au point de vue naturel, l'ensemble s'appuie, sans nécessairement correspondre exactement aux limites de l'unité physiographique des Montagnes frontalières, sur les contreforts du massif appalachien. C'est ainsi que les Montagnes frontalières, abritant des sommets atteignant plus de 1000 mètres, constituent une véritable ligne de force visuelle aux caractéristiques forestières homogènes délimitant l'espace entre le Québec et les États-Unis. Domaine de l'érablière et de la sapinière à bouleau jaune, le couvert forestier est mixte et dense. Le réseau hydrographique est bien développé et caractérisé par la présence de nombreuses têtes de bassin s'écoulant naturellement vers le nord. Le tracée de la frontière canado-américaine suit, en grande partie, les lignes de séparation des eaux de pluies localisées au sommet des crêtes montagneuses. 

Cet ensemble, qui compte peu de lacs, abrite cependant le grand lac Mégantic dont l'étendue et la beauté sont à la hauteur de sa réputation. Ce caractère distinctif est partagé avec un autre élément naturel important, soit le mont Mégantic. À eux seuls, ces deux attraits constituent la carte de visite de l'arrière-pays estrien. 

Au point de vue humain, la population est répartie sur une douzaine de villages localisés en chapelet le long de la limite sud de la région. La seule concentration de population se retrouve autour de la Ville de Lac Mégantic, avec son usine de transformation du bois. L'industrie de la coupe et de la transformation du bois occupe presque tout l'espace économique local. L'utilisation du sol est généralement forestière se transformant en agro-forestière principalement à proximité des villages. De faible densité et homogène, ce type d'occupation du territoire offre très peu d'ouverture visuelle d'autant plus que le couvert végétal mixte et abondant contribue à fermer les vues que procure normalement un relief montagneux. 

L'homogénéité visuelle de cet ensemble paysager ne diminue pas l'intérêt qu'il représente parce qu'il offre des événements visuels spectaculaires tels que : de magnifiques ouvertures visuelles sur le grand Lac Mégantic et des vues imprenables sur le mont du même nom. Utilisés à des fins de villégiature et de tourisme scientifique et écologique, ces deux sites constituent des éléments visuels distinctifs. Par ailleurs, l'impression de nature sauvage et non apprivoisée que symbolise la traversée de l'arrière-pays compense largement la monotonie d'un trajet où le jeu des séquences visuelles manque souvent de rythme et de dynamisme. Malgré la présence de contrastes visuels saisissants, l'observateur n'a pas d'élément d'orientation visuelle. Il faut, par exemple, chercher l'accès à l'observatoire astronomique du mont Mégantic, pourtant un site d'intérêt supérieur, voire, de calibre international, depuis son ouverture au public. Pourtant, le paysage est charmant et harmonieux, exempt d'éléments discordants. La qualité patrimoniale du centre de la Ville de Lac Mégantic, agréablement rénové et entretenu, ainsi que l'accueil sympathique du village Woburn avec son clocher érigé en appel visuel sur un point haut sont des exemples frappants d'un potentiel récréotouristique encore sous-exploité. Ceci est d'autant plus vrai que les routes 161 et 212 constituent des voies d'accès vers la région de Boston et cela dans les deux directions. L'accueil au poste frontalier de Woburn n'offre cependant aucune alternative particulière à l'usager qui voudrait profiter de ce coin de nature en prolongeant son séjour. 

Le plateau central ­ la nature apprivoisée

Le paysage d'ensemble du plateau central ­ la nature apprivoisée est de loin le plus vaste des paysages observables en Estrie. Il couvre tout le territoire disponible depuis la zone frontalière jusqu'au nord de la région et n'est interrompu d'est en ouest que par la plaine alluviale. Il est traversé par les principaux axes routiers de la région dont les autoroutes 10 et 55, et les routes nationales 108 et 212. 

 

Illustration d'un panorama agro-forestier vue de la route 112 entre Ascot Corner et East Angus. 

Au point de vue naturel, l'ensemble est constitué d'un vaste plateau constitué de dépressions et de crêtes rocheuses, ponctuées par la présence de deux grands lacs majestueux : Memphrémagog et Massawippi. Le relief du paysage d'ensemble du plateau central ­ la nature apprivoisée varie de plat à ondulé en descente généralement douce, mais constante à partir des montagnes vers la plaine alluviale. Sauf au points d'incursion des monts Sutton, où culmine le mont Orford, l'utilisation du sol est essentiellement de type agro-forestière. La forêt, essentiellement composée d'érablière à bouleau jaune et d'érablière à tilleul est découpée par des terres agricoles en cultures et en pâturages. Quoique possédant des caractéristiques visuelles relativement homogènes, la présence de lacs, de crêtes rocheuses et de zones de villégiatures établies permet de cerner, dans la région des monts Sutton et plus à l'est, du lac Saint-François, des sous-ensembles paysagers méritant une attention particulière. 

Au point de vue humain, malgré le fait que l'on compte près de 75 villages, la population est surtout concentrée autour de trois pôles urbains. Il s'agit en premier lieu de Magog, dont la localisation au centre des monts Sutton et sur les rives du grand lac Memphrémagog consacre sa vocation de pôle touristique. Une quinzaine de villages pittoresques et à saveur patrimoniale, constituant l'essentiel du domaine touristique actuellement exploité en Estrie, gravite d'ailleurs autour de Magog. Le mont Orford ainsi que plusieurs autres lacs, dont le grand lac Massawippi, viennent boucler l'un des circuits de villégiature et de promenade les plus importants du Québec. Puis vient la ville de Coaticook, localisée plus au sud, où l'industrie agricole et forestière domine. Desservant une quinzaine de villages dont la principale activité est agricole, Coaticook agit comme un centre de service pour tout le secteur sud-est de la région. Finalement, la ville d'Asbestos, ville minière de longue date, draine aussi une bonne partie des activités agricoles au nord-est de la région. 

La traversée de ce paysage champêtre trempe l'observateur dans une ambiance harmonieuse de calme et de sérénité. Dans ce décor agro-forestier les vues sont plus ouvertes et les panoramas fréquents. C'est l'impression de la nature apprivoisée par une présence humaine harmonieuse avec le milieu qui donne à ces paysages, l'impression d'être accueillants et sécuritaires. C'est aussi un rappel de nos origines, un retour aux sources d'avant l'ère industrielle alors que la majorité de la population habitait la campagne. Un environnement aux caractéristiques visuelles recherchées soit : un faible taux d'occupation résidentiel, des constructions agricoles typiques tels que; des granges, des serres, des entrepôts et des silos, une végétation luxuriante et contrôlée ainsi que la présence d'outillages agricoles inusités. Les nombreuses vues encadrées, sur des champs visuels larges et profonds, en bordure des routes traversant les zones agricoles contribuent à l'intérêt du paysage. Un couvert végétal mixte et épars, cohabitant avec une agriculture active procure l'émergence fréquente des trois plans visuels (le premier, le moyen et l'arrière) habituellement perceptibles à partir de vues ouvertes et occasionnellement filtrées. De plus, la présence de nombreux panoramas et vues en surplomb sur des lacs et des rivières d'une beauté surprenante alterne avec le charme discret de villages ayant conservé le caractère architectural de leurs bâtiments patrimoniaux. La richesse interculturelle d'une région colonisée par vagues successives de différents groupes ethniques et religieux est présente sur l'ensemble du réseau routier. Autour des lacs et des villages ainsi que sur les pentes des collines escarpées, dont le mont Orford en est le plus bel exemple, l'agriculture cède le pas aux activités de villégiature. Résidences secondaires, auberges et gîtes du passant sont fort répandus et constituent l'épine dorsale d'une structure d'accueil touristique extensive. Même les résidus miniers d'Asbestos sont mis a profit, à titre de patrimoine industriel. Témoin d'une époque chargée d'histoire, les haldes et les fosses sont converties en centre d'interprétation du patrimoine industriel contribuant également a l'effort récréotouristique régional. Ce type de tourisme est très cohérent avec l'ambiance qui se dégage des compositions paysagères de la région. Dans ce paysage d'ensemble, l'observateur mobile est particulièrement choyé par la perception de cette diversité qui génère des séquences visuelles très stimulantes. 

La plaine alluviale ­ le coeur de la région

Situé au centre de l'Estrie, le paysage d'ensemble de la plaine alluviale ­ le coeur de la région est le plus petit en étendue des trois. Il s'allonge, long et étroit, à la confluence des principales rivières de la région avec la Saint-François : le confluent des rivières Eaton et Saint-François à East-Angus, la rencontre des rivières Ascot et Moe sur la Massawippi vers Lennoxville, la rivière Coaticook à partir du parc de la Gorge et enfin, la rivière Magog vers la Saint-François. Toutes convergent vers Sherbrooke, la capitale régionale. Il est traversé par une partie de l'autoroute 55 vers Richmond ainsi que par les routes 112 vers Saint-Gérard et 147 vers Coaticook. 

 

Vue de la rivière Coaticook sur la route 147 près de Compton; la paisible harmonie d'un paysage chargé d'histoire.

Au point de vue naturel, le relief du paysage d'ensemble de la plaine alluviale ­ le coeur de la région est essentiellement plat. Outre les zones urbaines, l'utilisation du sol est surtout agricole et dominée la présence des rivières qui occupe parfois, comme à la hauteur de Richmond, tout l'espace disponible. Les vues généralement ouvertes et une topographie plane, confère au milieu visuel une capacité d'absorption relativement bonne à l'implantation d'infrastructure routière. Au point de vue humain, ce paysage d'ensemble abrite une dizaine d'agglomérations regroupant la plus forte concentration urbaine de l'Estrie.

Témoins immuables des parcours coloniaux, ces plaines encavées au paysage plat et tranquille relient, encore aujourd'hui, ce qui historiquement devait être les avants postes du développement régional. D'ailleurs, la Ville de Sherbrooke occupe une partie de la plaine alluviale de la rivière Saint-François.

Il est intéressant ici de noter qu'étant donné que cette plaine alluviale est située au point le plus bas du paysage régional, une des conséquences inattendues de l'implantation de Sherbrooke à cet endroit est que la ville n'est pas perceptible du paysage avoisinant. 

La Ville de Sherbrooke, centre administratif et culturel de l'Estrie, est à toute fin pratique visuellement absente du paysage régional. En effet, en arrivant à Sherbrooke, l'observateur cherche le seuil visuel qui lui livrerait une image mentale des lieux facilitant ainsi sa compréhension de l'organisation spatiale de la ville. Nonobstant les aménagement existants le long de la rivière Magog dans le centre-ville, ainsi que les vues perceptibles de la côte de la rue King, Sherbrooke n'est visible que lorsqu'on y est. Il s'agit de la conséquence d'un choix historique, la ville étant localisée au confluent des rivières Magog et Saint-François.

Le paysage de la plaine alluviale ­ le coeur de la région est particulièrement harmonieux et concordant. Les rivières coulant paisiblement au fond des vallées, créent une ambiance fort différente des plateaux et demeurent un rappel vivant des premières heures de la colonisation alors qu'elles formaient le seul réseau d'accès au milieu. 


Les paysages sensibles

Au même titre que la caractérisation des trois paysages d'ensemble présents dans l'Estrie diffère, la sensibilité et la fragilité de chacun d'eux sont tout aussi particulières. La nuance apportée ici, entre les notions de sensibilité et de fragilité des paysages, permet de différencier la capacité d'un paysage à intégrer visuellement (notion de sensibilité) ou à supporter (notion de fragilité) la présence d'une infrastructure routière sans perdre à court, moyen ou long terme son caractère initial. Dans cette optique, la sensibilité d'un paysage est davantage fonction de sa capacité de résistance aux effets induits par la présence d'une infrastructure routière. 

L'évaluation de la sensibilité et de la fragilité des paysages d'ensemble de l'Estrie prend en considération, entre autres choses, les paramètres suivants : la capacité d'absorption et de résistance, le nombre et le type d'observateurs, l'harmonie, le dynamisme et l'unicité des compositions visuelles. L'analyse de ces paramètres détermine l'accessibilité, l'intérêt et la valeur attribués aux compositions paysagères que forment ces paysages d'ensemble. En général, le paysage d'ensemble de la zone frontalière - le rempart de l'Estrie offre une faible accessibilité visuelle. La densité de son couvert végétal et son relief accidenté contribuent à assurer une bonne capacité d'absorption et à rendre le paysage plus résistant à l'implantation d'infrastructures. Il est vrai que l'économie locale de la zone frontalière repose essentiellement sur l'exploitation et la transformation des produits forestiers. Pour cette raison le nombre d'observateurs présents est plus faible que sur le plateau. 

 

Vue panoramique sur le lac Mégantic à partir de la route 161. 

Il n'en demeure pas moins que le potentiel récréatif et touristique est très élevé et cela grâce à la qualité des paysages. Même si, traditionnellement, le moteur de l'industrie touristique régional se situe dans la région des monts Sutton, localisés plus à l'ouest, l'augmentation récente des valeurs foncières dans la région du lac Mégantic constitue un indice de l'intérêt manifesté par le marché touristique pour la zone frontalière. Par ailleurs, dans un paysage relativement naturel comme celui de l'ensemble frontalier, la conservation de la nature ne manque pas d'intéresser les acteurs régionaux. 

À ce titre, un site comme le mont Mégantic est une cible toute désignée pour exploiter ce potentiel récréotouristique de type écotouriste. Anomalie géologique, observation des étoiles ne tolérant aucune lumière à proximité, altitude élevée favorisant certaines associations végétales sont des facteurs susceptibles d'encourager un contrôle serré du développement sur et à proximité de ce site d'envergure internationale. Ce type d'environnement attire un tourisme écologique de plus en plus populaire. Le maintien des vues significatives sur le lac Mégantic est un autre exemple d'intervention paysagère spécifique permettant de soutenir le développement de l'écotourisme en essor. 

Dans le cas du paysage d'ensemble du plateau central ­ la nature apprivoisée, la forte accessibilité visuelle, jumelée à la sensibilité visuelle à l'implantation d'infrastructures, est plus grande; la valeur attribuée au paysage par les utilisateurs du territoire en est la cause. L'impression de retour aux sources ressentie par l'observateur qui traverse cet ensemble contribue à augmenter l'intérêt d'un paysage naturellement harmonieux où les séquences visuelles sont stimulantes et intéressantes. Les éléments d'orientation, naturels ou anthropiques, sont nombreux, les contrastes fréquents, le rythme agréable. Bref, il s'en dégage une image forte et recherchée, une destination de villégiature par excellence qui confère à ce paysage une spécificité régionale. 

 

Tunnel d'arbre sur la route 247; une spécificité visuel du patrimoine paysager estrien. 

À cet égard, la MRC Memphrémagog, dans son schéma d'aménagement, véhicule tout un vocabulaire visuel permettant de localiser et de qualifier ces paysages. Elle identifie aussi les routes susceptibles de jouer un rôle dans la perception du paysage régional qu'elle valorise par un statut quasi juridique. La MRC de Coaticook, quant à elle, mentionne des paysages d'intérêt où des belvédères et des sites panoramiques sont inventoriés. La MRC d'Asbestos, pour sa part, considère même ses haldes de résidus miniers, dont certaines atteignent 120 mètres de hauteur, comme partie intégrante du paysage régional leur conférant ainsi une valeur esthétique protégée en vertu d'une réglementation de zonage. Enfin, la MRC du Haut Saint-François fait état de paysage caractéristique de la région, d'axes panoramiques et de corridor vert. 

En outre, la MRC du Haut Saint-François considère la présence sur son territoire, et en bordure du réseau de transport du Ministère, de gravières de calcaire actives comme un élément discordant par rapport au paysage ambiant. Elle cherche ainsi à corriger et surtout à éviter la prolifération sur son territoire d'éléments de dégradation visuelle.

En mai 1997, la revue Actualité publiait un palmarès des vingt plus beaux villages du Québec. Les principaux critères de sélection étaient : 

1. la beauté du site
2. l'histoire
3. la présence et la mise en valeur du patrimoine architectural
4. un équilibre harmonieux entre tourisme et vie locale


Parmi ces vingt villages, deux sont en Estrie : East Hereford dans la MRC de Coaticook, dont le paysage agro-forestier, paradis du sapin de Noël, s'est mérité le grand prix du tourisme et North Hatley, dans la MRC de Memphrémagog, en bordure du lac Massawippi, centre de villégiature dont l'architecture de style Nouvelle-Angleterre et le contrôle sévère de l'affichage recréent l'ambiance d'époque particulièrement recherchée. De plus, l'Estrie compte deux villages, Marbleton, dans la MRC du Haut-Saint-François et Stanstead, dans la MRC de Memphrémagog, reconnus par l'Association des plus beaux villages du Québec. Les villages reconnus par cette association le sont en bonne partie grâce à leur patrimoine authentique situé dans des paysages remarquables. 

On reconnaît facilement que les ponts couverts et les sites historiques, nombreux en Estrie, font aussi l'objet d'une attention particulière. Le cachet particulier à ces sites et ces villages s'inscrit cependant au sein d'un paysage plus vaste et englobe non seulement la route qui les traversent, mais aussi les collines et la végétation, souvent bien conservée, qui les entourent. C'est pourquoi la MRC de Memphrémagog identifie les tunnels d'arbres de la route 247 entre Georgeville et Beebe Plain comme faisant partie du patrimoine paysager de la région au même titre que l'abbaye de Saint-Benoît-du-Lac. 

 

Les églises perchées de Chartieville et de Saint-Adrien-de-Ham; une valeur paysagère grâce à leur localisation dans le paysage ambiant. 

Un autre phénomène architectural ayant une incidence sur la valeur attribuée à ces paysages se traduit par le nombre, la qualité et la localisation des églises de campagne. Invariablement localisée sur un point haut du paysage, l'église du village est un point focal visible du plus grand nombre de paroissiens possible. L'église de Chartierville et de Saint-Adrien-de-Ham, en sont des exemples typiques. 

Sans nécessairement être considéré comme monument historique, ce modèle architectural constitue un élément visuel fréquent, devenu une caractéristique distinctive de la région. A ce titre, le cas est intéressant, car ce n'est pas l'architecture patrimoniale mais bien l'ensemble de la composition paysagère, c'est-à-dire la localisation du bâtiment dans le paysage, qui devient significatif. Ainsi la valeur attribuée au paysage du plateau central est fragile et présente une grande sensibilité. Sa popularité comme destination de villégiature contribue à augmenter le nombre d'observateurs sans compter que ceux-ci sont attirés par ces paysages de qualité. En ce qui a trait au paysage d'ensemble de la plaine alluviale ­ le coeur de la région, le facteur qui affecte sa sensibilité est surtout son caractère distinctif et unique. De plus, paysage paisible et particulièrement sensible, la plaine tolère mal les incohérences visuelles qui sont ici plus facilement perceptibles. Dans un environnement où les vues sont ouvertes et l'espace étroit, les effets induits sont particulièrement visibles. D'ailleurs là où l'homme s'est installé, le paysage d'origine a été complètement transformé. 


Enjeux et orientations d'interventions 

Le texte qui suit fait état des orientations et enjeux observés par le ministère des Transports. La MRC de Memphrémagog exprime avec force et détail, dans son schéma d'aménagement, l'intérêt collectif des paysages régionaux. Elle souligne qu'en définitive, ce qu'il importe de conserver c'est d'abord un milieu de vie qualifié tour à tour de naturel, patrimonial, agricole et touristique. Si cette MRC est particulièrement sensible à la qualité de ses paysages, c'est que son économie locale est grandement stimulée par les revenus générés par l'industrie récréotouristique. Dans ce cas, il est évident que le paysage est le motif du déplacement.

Cependant, même si l'économie locale des municipalités voisines est d'avantage axée sur l'industrie agricole, manufacturière et primaire dans le cas de la forêt et des mines, le potentiel de développement récréatif et touristique de ces régions est extrêmement important. D'abord parce que la ressource paysage est présente et deuxièmement parce que la demande existe. En effet, des autocars de visiteurs se rendent chaque année à East Hereford, au bout de route 253 dans la MRC de Coaticook, seulement pour le plaisir des yeux. La spectaculaire Gorge de Coaticook abrite la plus longue passerelle suspendue au monde et un arrêt à la populaire halte routière de la mine d'Asbestos, témoin des première grandes luttes syndicales, offre un paysage industriel unique, saisissant et chargé d'histoire. La MRC considère même ses haldes de résidus miniers comme un attrait visuel faisant partie du patrimoine industriel régional. 

Dans un tel contexte, la nature et l'étendue du réseau routier estrien jouent un rôle essentiel d'appui aux efforts de développement économique régional. Ainsi, le MTQ identifie deux principaux enjeux reliés au paysage de l'Estrie . 

Enjeu 1 : Soutenir la volonté de développement du milieu sans compromettre la qualité intrinsèque des paysages.

Si la MRC de Memphrémagog exprime le besoin de protéger ses acquis, en terme de paysage et de qualité de vie, c'est qu'elle est présentement victime de sa popularité. La pression du développement se traduit souvent par des phénomènes bien connus qui ont des impacts, entre autres sur les infrastructures du MTQ; l'élargissement des périmètres urbains, l'étalement des constructions le long des corridors routiers, la pression aux pourtours du parc national du Mont-Orford, l'élargissement des emprises, l'augmentation de la circulation, l'augmentation des accès, les conflits entre circulation locale et de transit ainsi qu'entre les divers utilisateurs. Ces impacts du développement sont susceptibles de contribuer à la dégradation de la qualité des paysages. 

 

Vue de l'église de Georgeville sur la route 247 vers Fitch Bay; un milieu de vie à conserver. 

Parmi les orientations paysagères que pourrait se donner le MTQ afin de contribuer au développement harmonieux du milieu de vie, il peut par exemple : 
 

  • structurer le développement et l'amélioration des projets avec un souci d'intégration au milieu. Il est possible d'y arriver, entre autres, en exerçant un contrôle plus à serré des accès privés au réseau sur les tronçons d'intérêt visuel. Cette mesure, qui vise essentiellement à protéger le caractère du milieu visuel, peut être avantageusement complétée par le maintien et la mise en valeur des éléments d'intérêt visuel présents lors d'élargissement d'emprises. On peut aussi ralentir la circulation à l'approche d'un site ou d'un tronçon d'intérêt visuel. Par exemple, une approche progressive de la traversée des villages influence grandement la perception de l'observateur. Le paysage devient ainsi plus intéressant, lorsque l'usager peut apercevoir, à distance, le clocher de l'église du village qu'il s'apprête à traverser. De même, la vitesse de traversée, la largeur et le traitement de l'emprise dans le village influenceront son appréciation de la qualité visuelle et de la valeur patrimoniale du site. La vitesse peut, ici, être considérablement réduite et l'emprise aménagée en concordance avec le caractère visuel du site. 
     
  • encourager une cohabitation harmonieuse avec le réseau des circulations douces propres aux activités récréotouristiques. Il faudrait doter le réseau récréotouristique régional d'une signalisation accompagnée d'aménagements distinctifs rappelant à l'usager qu'il traverse une zone, un tronçon ou une intersection consacrée a une circulation douce. Il serait aussi intéressant de prévoir des points d'arrêt d'observation sur les parcours panoramiques et pittoresques ainsi qu'au passage d'un site d'attrait visuel reconnu. Ces points d'arrêt ne seraient pas des haltes routières, mais encourageraient l'usager à profiter d'un panorama, d'un site patrimonial ou d'une vue particulière en lui permettant d'arrêter son véhicule en toute sécurité. La localisation de ces arrêts répondrait alors à un critère d'opportunité, et non à un critère de distance. 
     
  • développer des programmes d'entretien des abords routiers souples. Il est possible d'adapter l'entretien des fossés de drainage et des pentes extérieures des emprises au caractère visuel des paysages traversés. Par exemple, dégager au maximum les emprises dans les zones où la végétation est dense et ferme la vue comme dans le paysage d'ensemble de la zone frontalière ­ le rempart de l'Estrie. Cette mesure permettrait d'élargir les champs visuels, d'augmenter l'effet de perspective et offrirait des percées visuelles. Par ailleurs, dans un paysage aux vues plus ouvertes et encadrées comme celui du paysage d'ensemble du plateau central - nature apprivoisée, le ministère pourrait plutôt conserver, entretenir, et le cas échéant acquérir, réhabiliter, et aménager les tunnels d'arbres existants. En fait, il importe d'ajuster le degré d'entretien des abords routiers aux caractéristiques du milieu visuel traversé et cela, en tenant compte des préoccupations visuelles des observateurs riverains. 


    Enjeu 2 : Développer la lisibilité des lieux et des éléments d'orientation en Estrie, sans nuire à la qualité visuelle du milieu par une prolifération abusive d'éléments de signalisation et d'affichage. 

    Un seuil visuel est un portique par lequel on accueille le visiteur pour lui signifier qu'il est au bon endroit et qu'il arrive effectivement dans un endroit intéressant. En Estrie, le seuil visuel régional le plus spectaculaire est localisé sur l'autoroute 10 à la hauteur de Stukely-Sud. À cet endroit, l'usager en provenance de l'ouest, traverse un important affleurement rocheux avant de découvrir, à partir d'un point haut, un panorama exceptionnel sur le mont Orford. Ce passage est véritablement une porte d'entrée et illustre parfaitement la notion de seuil visuel. 

     

    Vue panoramique du mont Orford vers le sud; l'autoroute 10 à Stukely Sud; un seuil visuel à l'échelle régionale. 

    Aux autres extrémités de la région, les postes frontaliers constituent non seulement des seuils visuels, mais aussi des accès internationaux au paysage de l'Estrie. Qu'on y trouve un panneau de «Bienvenue au Québec» est bien! On pourrait cependant faire mieux en articulant les composantes visuelles accessibles à partir de l'emprise existante. Le même type de traitement serait aussi approprié à l'approche de site d'intérêt supérieur tel que l'accueil du mont Mégantic. 

    L'accès international de Beebe Plain est un exemple éloquent de seuil visuel méritant d'être mis en valeur. L'entrée du poste frontalier n'est signalée que par une ligne jaune au sol, qui plus est dans une courbe de la route 247, sans aucune autre forme de signalisation. S'il est vrai que nous sommes au coeur d'un village et que des raisons historiques justifient le contexte, il est tout de même surprenant que la traversée d'une frontière internationale soit si peu signalée et même submergée visuellement par le panneau réclame d'une quincaillerie. 

    Ici, le seuil visuel est inexistant et l'image projetée ne correspond pas à l'importance de l'événement. Dès le départ, la lisibilité du réseau est compromise. 

    Parmi les orientations, que pourrait se donner le MTQ afin de contribuer à une meilleure lisibilité des paysages de l'Estrie, il peut exercer un contrôle adapté de la signalisation, par exemple : 
     
  • renforcer l'image régionale sur les grands axes de pénétration. Un exemple d'événement susceptible d'affecter la façon dont l'usager s'oriente est l'intersection entre les autoroutes 10 et 55 à Omerville. Apparemment conçue afin de facilité la lecture en direction du sud vers le nord, la signalisation en sens contraire, soit de Montréal vers Sherbrooke est un peu déroutante. À peine sommes-nous arrivés en Estrie, que la signalisation nous invite, à nous diriger vers Drummondville. On annonce Drummondville avant même de parler de Sherbrooke et encore moins de la ville de Lac Mégantic. Il ne s'agit pas d'une erreur de signalisation, car il s'agit bien d'une autoroute reliant les Bois-francs aux États-Unis. Nous sommes cependant en Estrie et la lisibilité du réseau régional et local est ici brièvement compromise. Il existe, par ailleurs, un autre endroit sur le réseau où l'image mentale que doit se faire l'usager qui visite la région reste confuse. Il s'agit d'un noeud visuel assez complexe, situé derrière la Ville de Sherbrooke aux intersections des routes 112, 214, 212, 253 et 108. 

    Dans le contexte du développement d'un réseau récréatif et touristique régional intégré, nous avons tout intérêt à offrir une image claire des entrées et des sorties. Il est important de bien informer et diriger adéquatement, sur l'ensemble du territoire, la clientèle visée par cette industrie. 
     
  • traiter aussi l'infrastructure afin de rappeler la qualité et la spécificité du milieu traversé. L'aménagement des structures, par le choix des matériaux, des couleurs et des textures, du traitement du pavage, soit pour le choix du mobilier, tels les lampadaires, ou encore des détails de construction des ponts et des gardes-fous permet à l'usager d'être conscient de la qualité du milieu qu'il traverse. 
     
  • signaler les entrées internationales. Les emprises à partir des postes frontaliers pourraient faire l'objet de mesures particulières d'entretien telles ; abords routiers florifères, implantation de haies d'arbres, aménagement de haltes routières ou de points d'observation, selon les cas, avec panneau d'interprétation du potentiel récréotouristique local. Dans certains cas, comme pour le village de Woburn, le traitement particulier que commande l'aménagement d'un seuil visuel pourrait s'appliquer sur la distance entre la frontière et le village. 

     

    Le poste frontalier de la route 212 près de Woburn; un seuil visuel local à exploiter. 
     
  • tous les accès internationaux pourraient ainsi faire l'objet d'une intervention paysagère adaptée aux caractéristiques visuelles spécifiques de l'endroit où ils se trouvent. L'ampleur de ces aménagements devrait cependant refléter l'importance relative de l'achalandage rencontré aux postes frontaliers.
  • signaler les lieux plutôt que les routes, de façon à renforcer et humaniser l'expérience des usagers et enrichir la perception du déplacement qu'ils effectuent. Les activités commerciales sont essentielles au fonctionnement de l'économie régionale et l'affichage commercial est une partie intégrante des besoins locaux. Cependant, à l'échelle du Québec, l'Estrie, qui regorge de commerces et de lieux aux noms évocateurs, recèle des paysages agréables et des plus recherchés. Autant pour son contenu patrimonial, qu'esthétique le MTQ partage la responsabilité de protéger et de converser le caractère visuel des paysages d'ensemble. 


    Conclusion 

    Il ressort de cette étude, que l'Estrie possède des paysages d'ensemble, à haute valeur attribuée et d'une grande sensibilité visuelle. C'est peut-être le propre d'une région qui se situe quelque peu en retrait d'un pôle métropolitain comme Montréal. Peut-on dire qu'en région, où la densité urbaine est moindre, que les gens sont plus soucieux de leur environnement, qu'ils sont cohérents avec leur choix de vivre en région, d'avoir une meilleure qualité de vie, et conséquemment, une qualité environnementale plus grande? En Estrie, il apparaît évident que l'on peut répondre par l'affirmative et ce choix est renforcé par un héritage socio-culturel, enrichi de valeurs anglo-saxonnes axées sur le respect de la nature et le maintien des traditions, dont les origines remontent au début l'ère industrielle. 

    Dans une région, où la ressource paysage est exceptionnelle, où le climat est agréable et où les résidants soignent leur environnement, le caractère visuel des paysages d'ensemble ainsi que la qualité visuelle de ceux-ci sont, sans nul doute, un actif primordial à l'essor du développement économique, ainsi qu'au maintien de l'identité régionale de l'Estrie. 



    LEXIQUE

    Accessibilité visuelle
    Possibilités concrètes d'accéder visuellement au paysage. Regroupe les notions de capacité d'absorption, de nombre et du type d'observateur ainsi que du temps et de la distance de perception. Une forte accessibilité visuelle répond aux critères suivants :
    1. une faible capacité d'absorption
    2. un nombre élevé d'observateurs
    3. une vitesse de déplacement lente
    D'une façon générale, plus l'accessibilité visuelle est forte plus le paysage est visible.


    Attrait
    Élément du paysage qui tend à attirer et à capter le regard. Habituellement considéré comme concordant par opposition à un élément moins attrayant, source de discordance visuelle. Par exemple, le Mont-Royal est un des attraits visuels de la métropole. 


    Capacité d'absorption
    Évaluation de la transparence et de la complexité d'un paysage. Elle nous donne un indice de la capacité d'un paysage à intégrer une infrastructure de transport sans perdre son caractère original. La capacité d'absorption est fonction du type de vue ainsi que des caractéristiques de la végétation, l'utilisation du sol et du relief. 


    Capacité de résistance
    Évaluation de la fragilité et de la capacité d'un paysage à résister aux changements qu'engendre l'implantation d'une infrastructure routière. Elle donne un indice de la capacité d'un paysage à supporter la présence d'une infrastructure sans perdre ses caractéristiques visuelles initiales. 


    Champ visuel
    Espace perceptible dont la profondeur et l'éloignement sont représentés par des surfaces en plans. L'avant-plan est près de l'observateur, le second plan éloigné et l'arrière-plan lointain. L'encadrement du champ visuel est étroit, moyen ou large et permet la description des types de vue. 


    Contraste
    Opposition de deux éléments de l'environnement visuel dont l'un fait ressortir l'autre. L'intensité d'un contraste de forte intensité entraîne une discontinuité visuelle. Un contraste de faible intensité favorise une continuité dans la séquence visuelle. 


    Corridor visuel Couloir définit par un axe visuel c'est-à-dire : une droite sur laquelle un sens est défini de façon à relier un ou plusieurs points. Un axe est directionnel, ordonné dominant. 


    Discordance
    Défaut d'harmonie. Opposé à concordance. 


    Dynamique visuelle
    Ensemble des séquences visuelles en interaction et en changement. 


    Dynamisme
    Qualité d'une séquence visuelle donnant une impression de force et de mouvement. Se définit en fonction du rythme et de la variété des éléments du paysage. Le dynamisme est un paramètre de l'intérêt du paysage. On parle aussi de l'animation des séquences. 


    Fragilité
    Évaluation de la facilité d'un paysage à être altéré, détérioré ou détruit, en référence avec la capacité de résistance. 


    Harmonie
    Effet d'ensemble résultant des relations qui existent entre les éléments du paysage. Il s'établit un rapport de concordance lorsque ces éléments tendent à un même effet. L'harmonie d'une route est fonction de la continuité curviligne de l'alignement géométrique, de l'importance et de la concordance des travaux de terrassement ainsi que de la concordance du mobilier routier et des ouvrages d'art. L'harmonie de l'infrastructure est en relation avec l'harmonie du paysage environnant qui dépend du nombre et de l'importance des points de vue, de l'intensité et de la concordance de l'ambiance. Un paysage harmonieux est nécessairement concordant et la discordance traduit un manque d'harmonie. L'harmonie est un paramètre de l'intérêt du paysage. 


    Intégration visuelle
    Opération par laquelle un élément telle une infrastructure de transport s'incorpore au milieu visuel. 


    Intérêt
    Attention, curiosité suscitées par un élément intéressant (Le Petit Robert, 1993). L'intérêt est un concept inhérent à la valorisation d'un paysage. L'intérêt que suscite un paysage peut être déterminé par la qualité de ses éléments, qualité pouvant être tributaire de l'unicité, de l'unité ou de l'intégrité du paysage en présence. L'intérêt suscité par un paysage est également lié à l'activité pratiquée par l'observateur regardant ce même paysage. Plus l'activité pratiquée par l'observateur est en rapport direct avec l'appréciation de son paysage et avec son sentiment d'appartenance, plus l'intérêt qui est accordé au paysage sera grand (U.S. Department of Transportation, 1980). 


    Lisibilité
    Caractère de ce qui est lisible (Le Petit Robert, 1993). Un paysage lisible permet une compréhension des éléments qui le compose. 


    Monotonie
    Uniformité lassante par la répétition des mêmes éléments visuels. Un paysage monotone manque de variété. 


    Observateur
    Personne qui, à titre d'usager, observateur mobile, ou de riverain, observateur fixe, observe un paysage susceptible d'être modifié par l'implantation d'une infrastructure de transport. On peut diviser les riverains en trois catégories : les riverains occupant un lieu de travail, les résidents et ceux qui se livrent à des activités de loisir. Il y a, d'autre part, quatre catégories d'usagers : ceux qui sont de passage, ceux qui font la navette quotidiennement, les touristes et les usagers qui voyagent pour leur travail. Le nombre et le type d'observateurs sont des paramètres de l'accessibilité visuelle. 


    Orientation spatiale
    Détermination de l'endroit où l'on se trouve et vers quelle direction on se dirige. 


    Paysage d'ensemble
    Territoire relativement étendu dont les caractéristiques morphologiques et d'occupation du sol en font une entité distincte des régions voisines, par exemple le paysage côtier, le paysage du bouclier canadien. Un paysage d'ensemble peut également être désigné de paysage régional. 


    Percées visuelles
    Ouverture qui donne un point de vue. La percée visuelle met en valeur un paysage intéressant qui autrement ne serait pas accessible à l'usager et cherche à articuler une séquence visuelle autrement monotone. 


    Point de repère
    Objet ou endroit susceptible d'être reconnu et choisi par l'observateur pour s'orienter. Un des paramètres de l'orientation. 


    Sensibilité
    Évaluation de la capacité de réagir rapidement à des modifications du milieu. 


    Séquences visuelles
    Répartition dans l'espace des paysages selon une suite ordonnée d'événements. La séquence se définit, en termes de dynamisme, de continuité et d'orientation. La séquence visuelle est un paramètre de l'intérêt du paysage. La séquence anime le cheminement de l'usager. 


    Types de paysage
    Inventaire de masse relativement homogène dont l'image correspond à un concept reconnu d'organisation de l'espace pouvant servir de modèle. Par exemple l' agro-forestier, l'urbain et l'agricole. Peut également être désigné de paysage-type. 


    Unicité
    Caractère de ce qui est unique. Qualité de ce qui est rare ou peu commun dans un espace de référence donnée (U.S. Department of Transportation, 1980, Smardon, 1986). Critère d'évaluation de la qualité d'un paysage. Relève tant de la configuration (degré de profondeur et d'ouverture) que de la composition particulière du paysage observé U.S. Department of Transportation, 1980 et Jones and Jones ,1976)- (Source : Hydro-Québec, 1993) 


    Uniformité
    Caractère de ce qui est uniforme de ce qui ne varie pas ou peu. Paysages dont les caractéristiques et les aspects restent les mêmes. 


    Valeur attribuée
    Qualité d'un paysage en fonction de son utilité. Indice de la préférence des observateurs qui se traduit par le caractère de la mise en scène des bâtiments et sites historiques ainsi que par le symbolisme rattaché aux éléments du paysage. D'une façon générale, plus le paysage est valorisé par les populations concernées, plus la valeur attribuée au paysage est forte. 


    Vues dirigées
    Vue dont l'ouverture étroite permet d'orienter l'attention sur un élément donné, mais dont la profondeur est sans limite particulière. (Source : Hydro-Québec, 1993) 


    Vues en surplomb
    Vue ouverte où l'observateur se situe au-dessus du paysage observé 


    Vues encadrées
    Vue dont la présence d'élément vertical distinctif au premier ou second plan vient renforcer la profondeur du champ visuel. 


    Vues fermées
    Vue limitée par la présence d'obstacles localisés à proximité de l'observateur. Le champ visuel est alors très étroit et très peu profond. (Source : Hydro-Québec, 1993) 


    Vues ouvertes
    Vue qui permet de découvrir une vaste étendue. L'ouverture et la profondeur du champ visuel sont relativement grandes. (Source : Hydro-Québec, 1993)